Canada @ 150 – Huit grandes idées pour renforcer l’éducation publique

Par Bernie Froese-Germain

L’éducation publique au Canada et la confédération canadienne ont d’importants points communs. D’abord, elles ont environ le même âge; l’origine de l’éducation publique remonte à la seconde moitié du XIXe siècle. Mais surtout, elles sont toutes deux en évolution. Elles changent constamment pour répondre à de nouveaux besoins et à de nouvelles exigences, l’une à l’appui de l’autre, se renforçant mutuellement.

Le philosophe et essayiste John Ralston Saul a dit ceci à propos du rôle que joue l’éducation publique dans une société démocratique :

[Traduction libre]
« Toute atteinte à l’universalité de l’éducation publique ne peut que se traduire par un affaiblissement du rôle essentiel qu’a toujours joué l’éducation publique universelle dans la quête d’une démocratie civilisée. »
www.publiceducationnetworksociety.com/the-charter.html

Dans la même veine, le philosophe et réformateur de l’éducation américain John Dewey faisait déjà observer, il y a une centaine d’années, que

[Traduction libre]
ce n’est pas un hasard si toutes les démocraties ont donné une grande importance à l’éducation, si l’éducation a été leur première préoccupation et leur responsabilité permanente. Seule l’éducation permet à l’égalité des chances d’être autre chose que des mots. Les inégalités accidentelles associées à la naissance, à la richesse et à l’apprentissage ont toujours tendance à restreindre les chances de certains par rapport à d’autres. Seule une éducation libre et continue peut contrer ces forces, qui sont toujours là pour restaurer, dans quelque nouvelle forme que ce soit, l’oligarchie féodale. La démocratie doit naître de nouveau à chaque génération et l’éducation est sa sage-femme.
https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Dewey
https://en.wikiquote.org/wiki/John_Dewey

Le jalon historique que constitue le 150e anniversaire du Canada est pour nous une bonne occasion de réfléchir à l’avenir de l’éducation publique : de quel genre de système d’éducation publique avons-nous besoin pour appuyer l’idée d’un Canada inclusif, équitable, durable et prospère?

Personne ne pourrait soutenir que l’éducation publique ne joue pas un rôle central dans l’avenir de la société. Malheureusement, le discours typique autour de l’innovation et du changement en éducation se limite trop souvent aux réformes standardisées, axées sur le marché, qui minent l’équité. Les organisations de l’enseignement tentent de contrer ce discours erroné.

C’est dans cet esprit que nous vous présentons ici huit « grandes idées » (sans ordre particulier) pour renforcer l’éducation au Canada.

  1. L’éducation au service de la réconciliation : À la suite de la publication du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation et de ses appels à l’action, la FCE s’est dite fermement convaincue que l’éducation est d’une importance fondamentale pour le processus de guérison et de réconciliation. Elle est déterminée à travailler en collaboration avec les organisations autochtones et ses autres partenaires du milieu de l’éducation pour faciliter ce processus.
  2. La voix du personnel enseignant : Les spécialistes de l’enseignement et de l’apprentissage que sont les enseignantes et enseignants sont les mieux placés pour savoir de quoi les élèves ont besoin pour réussir, au sens le plus large du terme. Il est donc extrêmement important de tenir compte des points de vue de la profession enseignante sur le changement en éducation. À ce sujet, Jelmer Evers et René Kneyber, éditeurs du livre Flip the System: Changing Education From the Ground Up, publié l’an dernier par l’Internationale de l’Éducation (IE), soutiennent que les enseignantes et enseignants sont capables de prendre la tête de la réforme de l’éducation et qu’ils devraient le faire. https://www.teachers.ab.ca/Publications/ATA%20Magazine/Volume-96-2015-16/Number-1/Pages/Book-review.aspx (en anglais seulement)
  3. L’appui au professionnalisme collaboratif : Parmi les principales recommandations d’une récente étude sur l’état de l’apprentissage professionnel au Canada, il était suggéré de favoriser une culture systémique de professionnalisme collaboratif pour améliorer l’enseignement et l’apprentissage. D’après Andy Hargreaves, l’apprentissage et le perfectionnement professionnels sont utiles quand ils se font dans une « culture de professionnalisme collaboratif » où les membres du personnel enseignant travaillent et établissent leur planification ensemble, partagent la responsabilité de l’apprentissage des élèves qu’ils ou elles soient ou non dans leurs classes ou leurs écoles, et explorent des questions en équipes afin de trouver des solutions aux problèmes de leurs écoles.
    https://learningforward.org/who-we-are/announcements/press-releases/2016/12/05/findings-from-a-study-of-educators-professional-learning-in-canada-released-today (en anglais seulement)
  4. Les conditions socioéconomiques, ça compte  : Les facteurs socioéconomiques (comme la pauvreté des enfants et la maladie mentale) peuvent avoir des répercussions sur l’apprentissage des élèves et les résultats de l’éducation. Améliorer les conditions socioéconomiques générales des enfants et de leurs familles améliorera au bout du compte l’apprentissage et la qualité de l’éducation en général.
  5. Mouvement mondial de réforme de l’éducation : Nous devons mieux comprendre le mouvement mondial de réforme de l’éducation et ses répercussions sur nos écoles et nos systèmes d’éducation. Parmi les caractéristiques de ce mouvement, mentionnons le choix de l’école (écoles à charte, programmes de bons d’études, etc.), la concurrence accrue entre les écoles, la responsabilisation par les tests et le rétrécissement du curriculum. Par exemple, les tests comparatifs internationaux, de plus en plus nombreux, comme le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), influencent la politique de l’éducation et les pratiques dans ce domaine d’une manière qui peut nuire à l’atteinte des buts de l’éducation publique.
  6. Arriver à l’excellence par l’équité : Le projet de développement de l’éducation de l’Alberta Teachers’ Association, intitulé A Great School for All (PDF – 1,3 Mo), privilégie une approche systématique et holistique du changement en éducation qui repose sur l’équité. Ce projet met en évidence 12 dimensions du changement interreliées qui reconnaissent que les écoles sont des communautés vivantes et complexes, faisant partie d’un écosystème délimité par les réalités culturelles, communautaires et socioéconomiques, les contextes politiques ainsi que les tendances et les pressions mondiales.
  7. Renforcer le soutien à la diversité : Étant donné la très grande diversité des classes et des écoles — et la richesse et la force que cette diversité apporte —, il est absolument essentiel d’offrir aux élèves ayant des besoins particuliers, dont des besoins liés à la santé mentale, le soutien et les services dont ils ont besoin.
  8. Stopper la vague grandissante de la privatisation de l’éducation : Depuis deux ans, la FCE contribue activement au Mouvement mondial de réponse, un effort international coordonné par l’IE qui a reçu l’aval du Congrès mondial de l’IE, à Ottawa, en 2015. Ce mouvement a pour but de contrer la privatisation et la commercialisation de l’éducation publique. Il s’articule autour de deux axes d’intervention complémentaires :
    • L’action politique auprès des gouvernements pour qu’ils fassent ce qu’ils sont censés faire : agir dans l’intérêt du bien public en accordant suffisamment de fonds et de ressources, et en adoptant les politiques appropriées pour assurer une éducation publique inclusive et de qualité;
    • L’action pour empêcher que des entreprises éducatives comme Pearson et Bridge International Academies ne tirent profit de l’éducation aux dépens de l’accès universel à une éducation de qualité, financée par l’État et gratuite.

    Dans le cadre du Mouvement mondial de réponse, nous avons récemment lancé le projet We The Educators (Nous, gens de l’éducation!), qui consiste en une série de courts métrages d’animation appuyés par une revue de la littérature détaillée. Ce projet a pour but de susciter de nouvelles discussions sur le lien entre la technologie éducationnelle et la privatisation, la standardisation, la datafication (ou mise en données) et la (dé)professionnalisation de l’éducation.

Loin d’être exhaustive, cette liste propose des idées centrales dont la profession enseignante pourra s’inspirer dans le cadre de ses efforts pour offrir une éducation publique de qualité à tous et à toutes au cours des 150 prochaines années et au-delà.

*Le présent article a initialement été publié dans le numéro de juin 2016 de la revue Perspectives, le magazine Web de la FCE.

We The Educators  – Une nouvelle conversation sur l’avenir de l’éducation publique

Les systèmes d’éducation du monde entier sont aujourd’hui témoins de toutes sortes de changements et d’améliorations, de multiples bouleversements sociaux et économiques, et d’innovations technologiques rapides qui étaient inimaginables il n’y a pas si longtemps. Au milieu de ce tsunami de changements, des pratiques d’enseignement et d’apprentissage novatrices qui font usage des nouvelles technologies déferlent sur les écoles et les salles de classe avec le vaste objectif de transformer l’apprentissage des élèves.

Si les technologies présentent aux systèmes d’éducation à la fois des possibilités et des défis énormes, certains des plus grands bouleversements sont liés à la standardisation, à la personnalisation, à la privatisation et à la mise en données (datafication en anglais) de l’apprentissage.

Voilà pourquoi l’Internationale de l’Éducation (IE), la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (FCE) et l’Alberta Teachers’ Association (ATA) ont senti le besoin d’explorer la recherche interdisciplinaire que suscitent la technologie éducationnelle et la mise en données, et leurs effets sur l’enseignement et l’apprentissage dans le monde.

wetheeducators-revue-de-la-litteratureLa présente revue de la littérature (PDF – 610 Ko) tente de brosser un portrait équilibré de divers concepts interdisciplinaires afin de guider l’analyse des domaines convergents que sont la technologie éducationnelle et la mise en données. Elle s’inscrit dans un projet plus vaste intitulé « Nous, gens de l’éducation! » (www.wetheeducators.com), qui présente les concepts étudiés ici de manière plus concrète à l’aide de vidéos et d’animations produites dans plusieurs langues.

Nous espérons que ce projet suscitera un débat public riche sur la relation entre la mise en données des systèmes d’éducation et la (dé)personnalisation, la privatisation et la standardisation de l’apprentissage des élèves, et qu’il encouragera un examen professionnel plus rigoureux de cette relation. Nous invitons nos collègues et les personnes qui militent en faveur d’une éducation publique de qualité aux quatre coins du monde à se servir de cette recherche et des vidéos afin de poursuivre le dialogue.

Ce projet est le résultat d’un exercice de collaboration international mené par un grand nombre de personnes aussi talentueuses les unes que les autres, dont Graham Brown-Martin et les équipes de l’IE (Angelo Gavrielatos, Nikola Wachter et Mar Candela), Cassandra Hallett et Bernie Froese-Germain (de la FCE), ainsi que Philip McRae, Ph. D., Lindsay Yakimyshyn, Ph. D., et J-C Couture, Ph. D. (de l’ATA). L’attention, l’analyse, le soutien et l’imagination de chacune de ces personnes ont donné lieu à un projet qui a pour but d’informer et de (re)façonner l’avenir de l’enseignement et de l’apprentissage.

Tous les partenaires du projet continueront d’étudier et de défendre les conditions d’exercice nécessaires à la création de milieux d’enseignement et d’apprentissage qui permettront aux systèmes solides d’éducation publique, financée par l’État, d’atteindre leur objectif : bien instruire tous les enfants et tous les jeunes sans exception.


Site Web : https://wetheeducators.com/
Twitter : https://twitter.com/WeTheEducators
Facebook : https://www.facebook.com/WeTheEducators
Instagram : https://www.instagram.com/WeTheEducators/
Vimeo : http://vimeo.com/WeTheEducators
YouTube : http://bit.ly/WTEyoutube

Un rapport sur une entreprise de services éducatifs en Ouganda expose des faiblesses et des activités non conformes aux normes

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Un nouveau rapport rendu public, le 5 octobre, par l’Internationale de l’Éducation (IE) révèle qu’une entreprise de services éducatifs installée en Ouganda fait passer les profits avant les élèves et fait fi des normes juridiques en éducation.

Le rapport de l’IE, Schooling the Poor Profitably (scolariser les pauvres pour faire des bénéfices), est le fruit d’une longue enquête sur les activités de l’entreprise Bridge International Academies (BIA) qui, depuis février 2015, a ouvert en Ouganda 63 écoles privées à but lucratif fréquentées par quelque 12 000 clientes et clients qui paient des frais de scolarité. C’est cette même entreprise qui a tenté d’intimider le chercheur canadien Curtis Riep en portant de fausses accusations contre lui et en le faisant arrêter pendant son séjour en Ouganda, en mai dernier.

BIA a fait l’objet de nombreuses critiques pour ne pas avoir respecté les normes juridiques et éducatives du pays, à la suite de quoi le gouvernement a fait fermer toutes les écoles, en août. Bien que les écoles aient rouvert temporairement depuis, l’IE suit la situation de près.

Voici, en bref, les principales constatations du rapport :

  • Neuf enseignantes et enseignants embauchés par BIA sur dix ne sont ni qualifiés ni brevetés;
  • Les enseignantes et enseignants lisent les leçons à partir de programmes d’enseignement préparés par BIA et transférés sur des tablettes numériques;
  • Les installations de BIA sont de mauvaise qualité, comme en témoignent des rapports faisant état notamment de conditions d’hygiène déplorables dans les établissements scolaires qui, bien souvent, ne répondent pas aux exigences de base et aux normes minimales;
  • Les droits de scolarité empêchent les familles pauvres d’envoyer leurs enfants à l’école;
  • Les droits de scolarité représentent 20 % du revenu familial — par enfant;
  • Les taux de décrochage sont élevés — de 10 à 60 %.

Pour en savoir plus sur ce sujet, veuillez lire la déclaration de l’IE (reproduite ci-dessous telle qu’elle nous a été fournie) :

La mainmise de Bridge International Academies en Ouganda

Les prestations éducatives dispensées par Bridge International Academies (BIA) en Ouganda ne respectent pas les normes légales et éducatives établies par le gouvernement, selon une nouvelle étude de l’Internationale de l’Éducation (IE), notamment l’obligation de faire appel à des enseignant(e)s qualifié(e)s, de respecter le programme scolaire national et les normes relatives aux infrastructures scolaires.

BIA, l’une des plus importantes entreprises éducatives à but lucratif du monde, ambitionne, d’ici 2025, de vendre des services éducatifs élémentaires payants à 10 millions d’élèves appartenant à des communautés à faible revenu dans toute l’Afrique et l’Asie. En Ouganda, BIA s’est rapidement développée depuis février 2015, avec environ 12 000 étudiant(e)s payant des droits de scolarité. Cependant, en août, le Secrétaire permanent de l’Ouganda a décidé de fermer toutes les écoles de BIA en raison de l’incapacité de l’entreprise à répondre aux exigences éducatives et légales du gouvernement.

L’analyse du programme d’enseignement et de la pédagogie mis en œuvre par Bridge par l’IE met en évidence d’importantes conséquences pour les enseignant(e)s et les élèves, car ils modifient fondamentalement la nature et la pratique de l’enseignement. L’entreprise a élaboré un plan d’activité axé sur une uniformisation rigide, des moyens technologiques automatisés, des infrastructures scolaires de médiocre qualité et des dispositifs connectés à Internet qui permettent de mener l’ensemble des activités pédagogiques ou non pédagogiques constituant un système éducatif.

BIA s’appuie sur le haut débit pour offrir son « Academy-in-a-box » avec des programmes d’enseignement préétablis transférés sur des tablettes numériques — « des ordinateurs enseignants » — qui transmettent les connaissances et les informations aux élèves. Cette démarche correspond à une stratégie opérationnelle visant à réduire radicalement les coûts d’exploitation et ainsi réaliser des économies d’échelle en employant des enseignant(e)s non qualifié(e)s avec des salaires de misère. L’enquête de l’IE a révélé que près de neuf enseignant(e)s de BIA sur dix ne sont pas qualifiés, en violation directe de la Loi sur l’éducation de l’Ouganda (2008).

En outre, les infrastructures scolaires de Bridge Academies sont en-dessous de la moyenne, certains rapports mentionnant « des conditions d’hygiène et sanitaires déplorables » dans les bâtiments scolaires qui, bien souvent, ne respectent pas les exigences de base et les normes minimales établies par le ministère de l’Éducation.

BIA échoue dans sa mission à proposer des prestations éducatives « abordables » à tous les enfants de l’Ouganda. Selon une autorité ministérielle, les enfants des classes défavorisées n’ont pas les moyens de débourser quelque somme que ce soit pour leur éducation, encore moins les frais d’inscription de BIA. Les familles ayant des revenus moyens doivent consacrer jusqu’à 23 à 27 % de leurs gains pour envoyer un seul enfant, pendant une année, dans une école de Bridge. De fait, le taux de décrochage dans les écoles de BIA varie de 10 à 60 %.

Fred van Leeuwen, secrétaire général de l’Internationale de l’Éducation a déclaré : « Nous demandons au gouvernement ougandais de rester ferme en exigeant que Bridge International Academies agisse conformément aux exigences législatives et réglementaires ougandaises. Tout enfant mérite de pouvoir suivre un enseignement assuré par un(e) enseignant(e) qualifié(e), axé sur un programme scolaire stimulant, dans des écoles sûres et propices à un enseignement et à un apprentissage de qualité. »

Télécharger le rapport ici : SCOLARISER LES PAUVRES POUR FAIRE DES BENEFICES :
Les innovations et les carences de Bridge International Academies en Ouganda, par Riep, C. et M. Machacek. (2016)

Contact média :

Angelo Gavrielatos (Project Director, Education International): +61488012045
angelo.gavrielatos@ei-ie.org.au

Les actions de Bridge sont honteuses pour une organisation qui prétend avoir à cœur les intérêts des élèves.

L’Internationale de l’Education (IE) condamne fermement Bridge International Academies pour les allégations manifestement fausses proférées à l’encontre d’un chercheur et citoyen canadien, M. Curtis Riep. Ces allégations ont conduit à l’arrestation de M. Riep, qui fut interrogé au poste de police de Kyenjera, à Kampala, le lundi 30 mai 2016. M. Riep se trouvait alors en Ouganda dans le cadre de l’étude qu’il menait sur Bridge International Academies pour le compte de l’Internationale de l’Education.

Ces allégations ont été proférées par Bridge afin de tenter de manipuler le système de justice pénale ougandais et de discréditer M. Riep. Fort heureusement, les manœuvres de Bridge ont fait long feu et se retourneront contre elle.

Bridge est même allée jusqu’à diffuser une affiche « Wanted » avec une photo de M. Riep dans la presse ougandaise le 24 mai 2016, comme si elle était elle-même en mesure de juger les délits criminels. C’est inacceptable. Et il est tout autant inacceptable que Bridge se soit arrangée pour que les médias soient présents lors de l’arrivée de M. Riep au poste de police pour son interrogatoire.

Au terme de l’enquête approfondie menée par la police, M. Riep a été complètement blanchi. Il est important de noter que si des représentants de Bridge étaient présents lors des premières étapes de l’enquête, ils ont brillé par leur absence lorsque M. Riep a été lavé de toute accusation.

 A l’époque où M. Riep menait ses recherches, les autorités ougandaises avaient mis un frein à l’expansion des activités de Bridge car la société ne respectait pas les exigences réglementaires imposées aux écoles.

Bridge a démontré qu’elle craignait que toute la lumière soit faite sur ses opérations, et semble tellement redouter d’être surveillée qu’elle s’en est prise à un chercheur qui réalisait son travail en toute légitimité. Si ces agissements visaient à intimider M. Riep et l’IE, la société a manqué son objectif.

Les actions de Bridge sont honteuses pour une organisation qui prétend avoir à cœur les intérêts des élèves.

Plus d’information (en anglais seulement) :

The education bridge to nowhere (June 7, 2016)

 

Les étudiant(e)s philippin(e)s, simples pièces dans la machinerie des entreprises à bas coût

En septembre dernier, les Nations Unies ont décidé que l’enseignement primaire et secondaire devait être gratuit. Pourtant, les Philippines s’orientent vers la direction opposée. Les autorités confient, en effet, la gestion de l’enseignement secondaire à des entreprises commerciales privées. Le principe est simple : payer pour apprendre. Dans une étude commanditée par l’Internationale de l’Education, le chercheur Curtis Riep montre comment le droit à l’éducation est mis en vente, abandonnant tous les espoirs des jeunes à la merci du marché.

Dans les pays les plus pauvres du monde, l’éducation soi-disant « à bas prix » revient à un coût de plus en plus élevé pour ceux et celles qui ne peuvent se la permettre. Les autorités officielles philippines arguent de ce que les caisses publiques nationales ne possèdent pas les fonds suffisants pour soutenir un système d’enseignement secondaire gratuit de qualité. Selon l’étude, cette assertion n’est pas du tout fondée.

Aux Philippines, 40 pour cent des écoles secondaires, soit 5.130 établissements, sont détenues par le secteur privé. Elles réclament des droits d’inscription annoncés comme étant « à bas prix ». Ces frais sont cependant inabordables pour la plupart des élèves venant de foyers à faible revenu. Les frais annuels, souvent supérieurs à 500 dollars américains, rendent l’école inaccessible pour les familles pauvres et leurs enfants, sachant que la plupart d’entre elles vivent avec moins d’un dollar américain par jour.

Riep précise également dans cette étude que la décision du gouvernement d’externaliser l’enseignement secondaire aux plus offrants est plus un choix stratégique qu’un choix résultant d’une contrainte financière. Le mouvement vers des écoles lucratives à bas prix semble relever davantage d’un programme économique visant à créer des consommateurs/trices plutôt que des citoyen(ne)s et à garantir une main-d’œuvre future suffisamment flexible pour pouvoir répondre aux besoins du marché en matière de travail bon marché.

Depuis 2009, les fonds alloués par le gouvernement aux chaînes d’écoles privées ont augmenté pour atteindre plus de 31 milliards de pesos philippins, environ 700 millions de dollars américains – un montant qui, toujours d’après Riep, aurait permis d’assurer le financement de 60.000 classes supplémentaires, ainsi que le logement d’environ 3 millions d’élèves.

Parmi les bénéficiaires des subventions gouvernementales, révèle l’étude, se trouvent Pearson Plc et le Groupe Ayala, qui promeuvent des Centres d’éducation privés à bas prix, connus sous l’appellation APEC (pour Affordable Private Education Centers). Assurant la supervision d’une multitude de sociétés aux Philippines et à travers le monde, Ayala intervient dans l’élaboration des programmes scolaires de ses écoles lucratives à bas prix de manière à produire des travailleurs/euses possédant les compétences répondant à ses besoins en matière de main-d’œuvre. Réputés pour pratiquer la « rétroconception » des programmes scolaires au sein de leurs établissements, c’est-à-dire appliquer des programmes scolaires adaptés à certains besoins spécifiques, les APEC se donnent pour mission de créer une génération programmée « possédant des compétences, des valeurs et des connaissances spécifiques pouvant être utilisées sur le marché mondial du travail ». La libre pensée n’a pas de place dans le monde des APEC.

D’ici la fin de 2016, les écoles APEC se sont donné pour objectif d’accueillir 4.000 élèves, ou client(e)s, selon leurs termes – dans au moins 50 écoles au cours des trois prochaines années. Pour la seule ville de Manille, le nombre d’établissements scolaires à bas prix devrait doubler et passer à 24 d’ici la fin de l’année.

Le gouvernement philippin a récemment annoncé qu’il envisageait de créer les classes de première et de terminale. Il s’agit d’une avancée significative pour le pays et ses enfants. Toutefois, si l’on souhaite que ces deux années soient réellement profitables, le gouvernement philippin doit s’engager à injecter davantage de ressources financières dans le système d’éducation. Au niveau mondial, il est recommandé aux gouvernements d’investir 6 pour cent du produit intérieur brut et 20 pour cent du budget national dans l’éducation. Les Philippines ne parviennent toujours pas à atteindre ces objectifs, puisque moins de 3 pour cent va à l’éducation.

Comment un gouvernement qui déclare déjà ne pas avoir la capacité de financer l’enseignement secondaire peut-il envisager de payer pour deux années supplémentaires d’enseignement obligatoire ? Le travail de Riep montre précisément comment  cela peut être accompli en passant par le secteur privé. Bien que le Président philippin Benigno S. Aquino III prétende que deux années d’enseignement supplémentaires sont nécessaires pour préparer davantage de jeunes aux emplois de haut niveau, il suffit d’observer, d’un autre côté, le nombre d’employeurs liés au réseau des sociétés du groupe Ayala.

Un consensus international soutient que l’éducation à vocation commerciale n’est pas une solution.  L’un des principaux Objectifs pour le développement durable définis par l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre veut que « […] toutes les filles et tous les garçons suivent, sur un pied d’égalité, un cycle complet d’enseignement primaire et secondaire gratuit et de qualité […] ». Mais au lieu de pouvoir bénéficier d’une éducation gratuite et de qualité, la jeunesse philippine se voit contrainte d’ouvrir le portefeuille pour accéder à la formule d’éducation la moins chère. L’éducation à bas prix est tarifée à un prix que ni les Philippines, ni les jeunes, ni les générations futures ne peuvent se permettre de payer. Il est grand temps que le gouvernement philippin revienne à la raison.

Consulter l’étude complète (en anglais seulement, PDF – 877 KB)

Fred van Leeuwen est le Secrétaire général de l’Internationale de l’Éducation

Une étude confirme la menace que les EDU-businesses font peser sur l’enseignement public de qualité.

Le récent ouvrage de deux chercheurs réputés, Carolina Junemann et Stephen J. Ball, constitue une lecture absolument indispensable pour tous ceux/toutes celles préoccupé(e)s par le droit de chaque enfant à bénéficier d’un enseignement public gratuit et de qualité.

Partout dans le monde, des préoccupations croissantes se font jour au sujet du développement toujours plus important de la commercialisation et de la privatisation de l’éducation et dans l’éducation. Ces processus sont mis en œuvre par des entreprises privées opérant à l’échelle mondiale et dont les activités sont non seulement autorisées, mais facilitées, et parfois même favorisées, par les gouvernements.

Poursuivez la lecture (Internationale de l’Education) : http://www.ei-ie.org/fr/news/news_details/3596