La pédiatrie sociale : une solution à la pauvreté? Une vue de loin

J’ai récemment eu le privilège de passer du temps avec le Dr Gilles Julien, pédiatre bien connu de Montréal et principal fondateur du mouvement de pédiatrie sociale au Canada. Le Dr Julien a consacré sa vie aux enfants et aux jeunes et en particulier à leur bienêtre physique, émotionnel et social en adoptant une approche holistique du bienêtre. Ses années de travail en Afrique et dans des régions inuites lui ont appris que la pédiatrie ne se limite pas à la guérison physique. Elle a aussi pour but de guérir l’âme de l’enfant, que les maux de la société peuvent parfois troubler. Or, il faut un village pour aider un enfant à guérir.

Dr. Gilles JulienLe Dr Julien est le premier pédiatre de Montréal à avoir eu un bureau à deux roues, c’est-à-dire une bicyclette! Sa clientèle était marginalisée en raison de divers facteurs sociologiques, émotionnels et économiques. Au fil de ses visites à domicile, il a pu définir son approche de la guérison pour assurer à l’enfant la meilleure santé et le meilleur bienêtre possible.

Aujourd’hui, le Dr Julien exerce ses activités dans une clinique qui a vu le jour grâce à de nombreux bienfaiteurs qui croient au mouvement de pédiatrie sociale et qui comprennent l’approche holistique de la santé et du bienêtre des personnes et des communautés. La plupart de ses jeunes patients sont issus de familles à faible revenu. Le savoir-faire, le temps, la patience, la créativité et la vision, c’est-à-dire la capacité de voir ce qu’il est possible d’accomplir avec chaque enfant, sont autant d’éléments qui permettent au Dr Julien de voir au-delà de la douleur, du traumatisme et des problèmes, et de découvrir les rêves et le potentiel de l’enfant. Dans sa pratique de la pédiatrie sociale, le Dr Julien travaille avec l’enfant, sa famille et son environnement afin de transformer le désespoir en résilience.

Parmi les enfants que voit le Dr Julien, la plupart sont des enfants d’âge scolaire qui, parce qu’ils vivent dans la pauvreté, ont parfois des problèmes que les autres enfants n’ont pas. Par exemple, dans le cadre d’un sondage mené par Ipsos Reid du 4 au 9 mars 2015 au nom de l’organisme Déjeuner pour apprendre, 97 % des répondantes et répondants se sont dits d’avis que l’alimentation des enfants a une incidence sur leur capacité à apprendre. Or, un élève sur six se rend à l’école l’estomac vide. Si les enfants pauvres ont une capacité moindre à apprendre, quels autres problèmes transportent-ils dans leur sac d’école?

Bon nombre d’enfants qui vivent dans une famille à faible revenu éprouvent une motivation moindre à apprendre, accusent un retard de développement cognitif, obtiennent des notes inférieures, participent moins aux activités parascolaires, ont des aspirations de carrière moins élevées, sont souvent absents de l’école, fréquentent moins les universités, courent un risque accru d’analphabétisme et présentent des taux de décrochage supérieurs. Cela dit, un sondage mené en septembre 2014 par la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (FCE) indique que 93 % des enseignantes et enseignants souhaitent que celle-ci milite en leur nom pour l’élimination de la pauvreté des enfants.

Le Dr Julien mène ses activités au Québec, où le gouvernement vient juste de réserver des millions de dollars à la mise sur pied de cliniques de pédiatrie sociale supplémentaires. De nombreuses personnes et organisations du Canada sont déterminées à mettre fin à la pauvreté et travaillent en ce sens. La FCE estime que tous les ordres de gouvernement doivent mettre en application des politiques socioéconomiques coordonnées pour éliminer la pauvreté des enfants et pour venir en aide à ceux qui vivent maintenant dans la pauvreté. La FCE fait ce qu’elle peut en faisant entendre les préoccupations du personnel enseignant et des élèves afin d’encourager le changement. Il est temps d’arrêter de miser sur un ensemble disparate de programmes pour réduire les effets de la pauvreté, et de mettre plutôt l’accent sur un plan national ayant pour but d’éliminer la pauvreté une bonne fois pour toutes.

Si tant de gens en font autant, pourquoi un enfant canadien sur six va-t-il encore à l’école le ventre vide? Pour éliminer la pauvreté, il ne suffit pas de savoir ce qu’il faut faire ni d’avoir les moyens de le faire. Ce qu’il faut avant tout pour mettre fin à la pauvreté des enfants, c’est une volonté politique et une action du gouvernement fédéral.

Pauline Théoret est agente de programme à la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants.

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