Peu de progrès en matière d’équité entre les sexes au Canada

ARTICLES_5Promouvoir l’équité des femmes dans le secteur de l’éducation et la société en général fait partie des priorités de longue date des organisations de l’enseignement.

La Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (FCE) s’est jointe à plusieurs organisations de la société civile, des milieux universitaires, du monde autochtone et de défense des droits de la personne pour contribuer à l’élaboration d’un rapport récemment publié par le Centre canadien de politiques alternatives (CCPA), qui fait le point sur les progrès réalisés par le Canada au chapitre de l’équité entre les sexes au cours des cinq dernières années.

Malheureusement, les nouvelles ne sont pas très bonnes, surtout quand on sait qu’il n’y a pas si longtemps, le Canada était l’un des meilleurs pays du monde où vivre pour les femmes. Ce rapport du CCPA, un « rapport parallèle sur la mise en œuvre par le Canada de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing », indique ceci :

Fait inquiétant, le rythme des progrès vers l’égalité a ralenti au cours de la décennie écoulée. Il y a vingt ans, le Canada occupait le premier rang au monde pour ses mesures en faveur de l’égalité. En 2013, le Canada se classait vingtième dans le rapport Global Gender Gap, et vingt troisième selon l’Indicateur des inégalités de genre de l’ONU. (p. 6)

Toujours selon le rapport, l’iniquité entre les sexes a persisté ou a empiré dans des domaines critiques comme la violence faite aux femmes, la sécurité financière des femmes et les droits des femmes et des filles autochtones (les paragraphes qui suivent proviennent du rapport et du communiqué l’accompagnant) :

  • Les taux d’agression sexuelle et de violence entre partenaires intimes demeurent très élevés au Canada. En effet, 1,8 million de Canadiens [et Canadiennes] déclarent avoir vécu l’une de ces formes de violence au cours des cinq dernières années. Le problème de la violence est particulièrement grave chez les femmes et les jeunes filles autochtones au Canada, avec des taux de violence qui sont au moins trois fois plus élevés que chez les femmes et jeunes filles des autres groupes;
  • Dans l’ensemble, 13,3 % des femmes sont en situation de pauvreté, tandis que les femmes autochtones et les mères célibataires sont plus nombreuses à se trouver en situation de pauvreté, soit 30 % et 36 % respectivement;
  • L’écart salarial entre les sexes au Canada se classe au huitième rang parmi les pays de l’OCDE;
  • Les femmes au Canada ont fait d’énormes progrès en matière d’éducation, complétant des études secondaires et postsecondaires en plus grand nombre que leurs homologues masculins. Elles demeurent toutefois moins susceptibles de poursuivre des études postsecondaires dans les domaines traditionnellement dominés par les hommes, tels les métiers [techniques], les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques (STIM).

Le rapport révèle en outre que d’importantes lacunes en matière de scolarisation persistent entre les femmes et les filles autochtones, et la population non autochtone (p. 26-27). Malgré leurs gains dans le domaine de l’éducation, les femmes demeurent nettement sous-représentées dans les postes de gestion de niveau supérieur et la sphère politique (p. 5-6).

Signalons que certains thèmes reviennent souvent dans le rapport, notamment le « ralentissement marqué des progrès quant aux mesures visant à combler l’écart entre le bien-être des femmes et celui des hommes » et les « différences importantes et persistantes entre différents groupes de femmes, les femmes autochtones, racisées ou immigrantes, de même que les femmes en situation de handicap, subissant de façon disproportionnée les conséquences de l’inégalité ». (p. 7)

Comme on pouvait s’y attendre, le rapport indique également que « le gouvernement fédéral a considérablement abdiqué son rôle dans la lutte contre les obstacles à l’égalité, tant au pays qu’à l’étranger ». (p. 7)

Le gouvernement fédéral est bien placé pour faire progresser l’équité entre les sexes au Canada, notamment en faisant preuve d’un leadership fort et en mettant en œuvre des politiques progressistes pour les femmes. À cet égard, le rapport contient des recommandations qui tiennent compte des défis à relever et des occasions à saisir (les paragraphes qui suivent proviennent du rapport, p. 90-91) :

  • L’inefficacité des initiatives gouvernementales actuelles est également déconcertante. Les initiatives en cours qui minent directement les dispositions de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing comprennent : la Prestation universelle pour la garde d’enfants, les engagements envers le partage du revenu des couples et l’Initiative sur la santé maternelle qui n’autorise pas le financement de services d’avortement. S’attaquer à ces enjeux permettra de renforcer le tissu social et de créer un système économique plus équitable;
  • Des enseignements précieux et des pratiques novatrices sont perdues en raison des compressions à CFC [Condition féminine Canada], de l’adoption de politiques ne tenant pas compte de l’égalité des sexes et des coupures au financement des organisations menant des activités de recherche et de counseling politique sur les meilleures pratiques pour réaliser l’égalité entre les sexes. L’absence de données clés sur la condition des femmes, y compris l’élimination de la forme détaillée du recensement, réduit d’autant la faisabilité d’une ACS [analyse comparative selon les sexes], diminuant d’autant la capacité du gouvernement à produire des recherches efficaces en matière de politiques publiques;
  • Le Canada doit se conformer aux recommandations des organes de suivi des traités de l’ONU, y compris au sujet des meurtres et disparitions de femmes et de filles autochtones. Le Canada doit mettre pleinement en œuvre son Plan d’action national sur les femmes, la paix et la sécurité, et s’assurer que son aide internationale, y compris le financement visant à réduire la mortalité maternelle et infantile, soit conforme aux normes internationales des droits de la personne;
  • L’absence d’un plan d’action panministériel détaillé sur l’égalité entre les sexes, ou de stratégies nationales en matière de logement et de réduction de la pauvreté, empêche le gouvernement de faire des progrès concertés en vue de garantir aux femmes qu’elles ne seront pas privées d’une sécurité économique et personnelle de base seulement parce qu’elles sont des femmes. L’absence systématique d’ACS oriente les choix du gouvernement fédéral et en conséquence, ses politiques et programmes échouent à répondre aux besoins spécifiques des femmes.

Si elles sont suivies, les recommandations du rapport contribueront à assurer une plus grande équité à toutes les femmes du Canada, y compris les enseignantes.

Source :

CENTRE CANADIEN DE POLITIQUES ALTERNATIVES. Les droits des femmes au Canada : Peu de progrès. Rapport parallèle sur la mise en œuvre par le Canada de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing, préparé par un réseau d’ONG, de syndicats et d’expertes indépendantes, octobre 2014. https://www.policyalternatives.ca/publications/reports/les-droits-des-femmes-au-canada-peu-de-progr%C3%A8s

Bernie Froese-Germain est recherchiste à la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants.

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