Filles disparues au Nigeria et au Canada : une réalité qui donne froid dans le dos

Il y a un peu plus d’un mois, les médias ont commencé à parler de l’enlèvement, pendant la nuit, de plus de 200 filles dans leur école du Nigeria, où elles étaient rassemblées pour passer leurs examens de fin d’année. Les responsables de ce crime? Un groupe islamiste extrémiste dont le nom, Boko Haram, signifie littéralement « livres interdits ». Ce groupe commet des actes de violence dans le nord-est du Nigeria depuis une dizaine d’années, incendiant des écoles et des villages, et assassinant des enfants, leurs enseignantes et enseignants, et des communautés entières. Boko Haram considère l’éducation « à l’Occidentale » comme un péché. Son objectif est de créer un état islamique dans le nord du Nigeria sous l’autorité de la charia, la loi islamique. Les filles n’auraient ainsi pas le droit à l’éducation. Le chef de Boko Haram a clairement fait connaitre son immonde conception des femmes et des filles en déclarant que les filles enlevées, dont certaines ne sont âgées que de 9 ou 10 ans, seraient vendues comme esclaves sexuelles. Depuis l’enlèvement, la pression monte pour que le gouvernement du Nigeria poursuive les ravisseurs afin de libérer les filles.

La FCE a participé à la campagne internationale #RamenezNosFilles qui a été lancée dans les médias sociaux par les parents des jeunes filles et qui a rapidement mobilisé le monde entier en faveur de cette cause.

Par ailleurs, il y a une semaine environ, les médias ont fait état du passage à Ottawa du rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits des populations autochtones, James Anaya, et de la diffusion de son rapport sur la condition des Autochtones au Canada. Le contenu du rapport et sa liste de recommandations cadrent extrêmement bien avec de nombreux rapports publics et études indépendantes publiés depuis 50 ans. Dans son rapport, James Anaya reconnait que le gouvernement canadien a fait des efforts ces dernières années pour régler certains problèmes. Cependant, deux de ses recommandations en particulier trouvent écho auprès de la population enseignante et de la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (FCE) : un financement suffisant des écoles des Premières Nations et une enquête publique sur la question des femmes autochtones disparues ou assassinées. Selon les plus récentes estimations de la GRC, le nombre de femmes autochtones disparues ou assassinées depuis 30 ans s’élève à plus de 1 000, soit environ la population de villes ontariennes comme Moosonee, Teeswater ou Thornton. Bien que l’Association des femmes autochtones du Canada demande la tenue d’une telle enquête depuis longtemps et que la FCE ait lancé cette année une pétition en ce sens, le gouvernement du Canada continue d’affirmer qu’une enquête publique n’est pas nécessaire parce que d’autres mesures sont en place pour s’attaquer à ce problème. Or, la disparition et l’assassinat des femmes autochtones constituent toujours une triste réalité dans notre pays.

Ces deux histoires renvoient à une même réalité qui donne froid dans le dos : celle de l’inégalité omniprésente entre les sexes et de son pendant, la violence fondée sur le sexe. Boko Haram, comme beaucoup d’autres groupes similaires, voudraient bien emprisonner le potentiel des femmes et des filles, et s’assurer qu’elles ne sont rien de plus que des biens qui appartiennent aux hommes. D’après le récent Rapport mondial de suivi sur l’éducation pour tous, au rythme où vont les choses, il faudra environ 70 ans pour que toutes les filles d’Afrique subsaharienne aient accès à l’école élémentaire et qu’elles y restent jusqu’à l’équivalent canadien de la 8e année, et près d’un siècle pour qu’elles atteignent la 10e année. L’éducation des filles est un outil puissant de transformation sociale. En Afrique subsaharienne, si les filles achevaient leurs études élémentaires, la mortalité maternelle reculerait de 70 %. Les filles elles-mêmes, ainsi que leurs parents, semblent comprendre la grande importance de l’éducation pour leur santé, leur avenir et la transformation de leur pays. Boko Haram inverserait même le rythme de ces changements, aussi lents soient-ils.

Dans notre propre pays, on ne saurait trop insister sur la nécessité d’améliorer d’urgence le sort des femmes autochtones et, pourtant, la situation perdure. Là encore, l’éducation est la clé, mais s’attaquer aux inégalités fondamentales qui touchent l’éducation des Premières Nations s’est révélé un processus atrocement lent. Combien de femmes assassinées ou portées disparues faudra-t-il pour que le gouvernement fédéral se décide à lancer une enquête publique?

Au Canada, on peut facilement être tenté de baisser la garde par rapport à l’égalité des femmes. Depuis un siècle, les femmes ont fait de grands progrès. Les filles vont à l’école et réussissent bien. Les femmes sont bien représentées dans les universités et autres établissements postsecondaires, et elles ont réussi à accéder à des professions traditionnellement réservées aux hommes. Pourtant, l’écart salarial et le plafond de verre demeurent. Les médias continuent de véhiculer des stéréotypes sexistes et de contribuer à l’hypersexualisation des femmes et des filles. La violence fondée sur le sexe est un problème chronique, en particulier pour les femmes autochtones et issues de minorités.

L’automne dernier, lors du lancement, à New York, de la campagne de l’Internationale de l’Éducation « Uni(e)s pour l’éducation », l’envoyé spécial des Nations Unies, Gordon Brown, a fait remarquer que le nouveau mouvement mondial pour les droits de la personne est un mouvement pour l’égalité des femmes. L’enlèvement des filles nigérianes et l’absence des femmes autochtones portées disparues et assassinées nous rappellent que notre lutte pour l’égalité des femmes est loin d’être terminée. Au contraire, elle est plus pressante que jamais.

Dianne Woloschuk est la présidente de la Fédération canadienne des enseignantes et des enseignants (FCE), une alliance de 200 000 enseignantes et enseignants provenant de 17 organisations, d’un littoral à l’autre du pays.

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